Vendredi ou la vie sauvage
Vendredi ou la vie sauvage (Editions Falmmarion 1971, puis Folio Junior Gallimard) de Michel Tournier est une réécriture de son propre roman Vendredi ou les limbes du Pacifique (Gallimard 1967). Ces livres sont eux-mêmes une réécriture du célèbre Robinson Crusoé de Daniel Defoe (1719), parmi de multiples autres « robinsonnades » qui ont jalonné les XIXe et XXe siècles. En effet, le personnage de Robinson Crusoé, inspiré d’un naufragé réel, est devenu un mythe adressé aux petits et aux grands.
Vendredi ou la vie sauvage est plutôt destiné au jeune public, parce que le roman pour adultes, Vendredi ou les Limbes du Pacifique, y est écourté et privé de ses connotations sexuelles et philosophiques trop difficiles à aborder pour des adolescents. Mais cette version reste bien écrite et originale par rapport à la création primitive du XVIIIe siècle.
L’histoire montre comment la civilisation policée, hiérarchisée, sophistiquée du monde occidental se trouve en difficulté quand il s’agit de vivre seul dans la nature.
Mais l’histoire de Tournier ajoute une tonalité écologiste moderne et très à la mode, en ces années 60 du XXe siècle : tout ce que Robinson avait mis en place dans l’île, pour reproduire le mieux possible ses schémas de vie acquis antérieurement, explose, en feu d’artifice, à la grande joie de Vendredi, et sous l’œil presque indifférent de Robinson.
« Ainsi, toute l’œuvre qu’il avait accomplie sur l’île, ses cultures, ses élevages, ses constructions, toutes les provisions qu’il avait accumulées dans la grotte, tout cela était perdu par la faute de Vendredi. Et pourtant il ne lui en voulait pas. La vérité, c’est qu’il en avait assez depuis longtemps de cette organisation ennuyeuse et tracassière, mais qu’il n’avait pas le courage de la détruire. Maintenant, ils étaient libres. »
L’Européen comprend intuitivement qu’il faut inventer une autre forme de vie plus sauvage, plus naturelle, plus harmonieusement adaptée au milieu naturel qui lui est donné.
C’est Vendredi qui a le beau rôle et qui montre à Robinson le chemin du bonheur. C’est sans doute pour cela que l’île Désespoir de Defoe devient Speranza (espérance) chez Tournier, et que le nouveau titre indique un changement de personnage principal.
La fin aussi est très différente. L’histoire inventée par Defoe montre Robinson et Vendredi de retour en Angleterre, avec un happy end socio-économique attendu. Celle de Tournier est ambiguë, comme souvent le sont les réécritures de qualité. Vendredi navigue vers les pays européens, dits civilisés, alors que Robinson…
Mais lisez plutôt cette courte histoire qui fait rêver, qui parle de grotte réconfortante, de bouc qui vole, d’homme qui dort dans un araucaria, l’« arbre aux singes », sans parler des cannibales, des tempêtes, du soleil qui brûle et du vent qui dessèche. Il y est question d’apprentissage, d’amitié et de partage, de rigueur et de fantaisie, de transformation de l’être et de bonheur.
Une très belle histoire!






