Antigone
Antigone, pièce de Jean Anouilh, éditée et rééditée depuis 1946 par les Editions de la Table Ronde, créée à Paris en février 1944, quand la capitale est occupée par l’armée allemande.
C’est à la fois un best-seller et une pièce aux multiples interprétations possibles, politique, philosophique, psychosociologique, comme on voudra.
C’est aussi un bel exemple de réécriture du mythe antique grec, proposé au Ve siècle avant J.-C., par le dramaturge tragique Sophocle.
Antigone est la fille d’Œdipe, fille de l’inceste fameux qui poussa Œdipe à tuer son père, épouser sa mère, et régner avec elle sur la ville de Thèbes. Devenue jeune adulte, Antigone porte le poids de cette hérédité terrible.
L’intrigue d’Anouilh reste la même que celle de Sophocle : les frères d’Antigone mènent une guerre civile l’un contre l’autre, sous les murailles de Thèbes et ils meurent au combat. Le roi Créon, oncle d’Antigone, fait donner une sépulture au neveu légitime et laisse pourrir sur le champ de bataille le corps du neveu qui a trahi. Mais Antigone considère que son devoir est d’aller symboliquement jeter de la terre sur le cadavre de son frère, parce que c’est son frère, que les lois de la famille et du sang l’emportent sur les décisions du roi. Malgré les argumentations, les interdictions, les menaces de mort, la jeune fille résiste à tous les obstacles et accomplit ce qu’elle pense être son devoir.
Anouilh est frappé par l’image de rebelle incarnée par ce personnage, même si, lui-même, ne s’est guère engagé en tant que citoyen résistant, pendant l’Occupation allemande. Il estime sans doute que son rôle d’écrivain, c’est essentiellement de composer un hymne à l’action résistante. Son Antigone est une tragédie, bien sûr, comme celle de Sophocle ; ce qui veut dire qu’Antigone va mourir d’avoir résisté à la loi du pouvoir. Mais le roi Créon est le vaincu le plus pitoyable de cette histoire parce qu’il perd en même temps son fils, amoureux d’Antigone, son autorité de roi et sa raison de vivre.
Même si le personnage d’Antigone est extrêmement sympathique, et si on comprend bien ce qui la pousse à désobéir – aujourd’hui, on parlerait volontiers de désobéissance civile – le chœur antique, remis en scène par Anouilh, énonce une sentence finale très ambiguë sur l’efficacité du choix :
« Tous ceux qui avaient à mourir sont morts. Ceux qui croyaient une chose, et puis ceux qui croyaient le contraire – même ceux qui ne croyaient rien et qui se sont trouvés pris dans l’histoire sans rien y comprendre. Morts pareils, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris. Et ceux qui vivent encore vont commencer tout doucement à les oublier et à confondre leurs noms. »
Anouilh est clairement désespéré par l’absurdité des morts dues à la guerre.
Quant à l’Antigone de Sophocle, à lire si possible, elle oppose les lois divines et les lois humaines, et je me demande si ce dilemme-là n’est pas encore plus d’actualité que celui que nous propose Anouilh…
Antigone,





